La sélection

Dur, dur la sélection

par Mr Jean-Claude MARTIN, Président d'honneur du B.C.F.

La dénomination "éleveur-sélectionneur" a été à la mode et le reste quelque peu. Elle voulait remplacer celle d'éleveur-amateur parce que soi disant plus noble et plus sérieuse. Le mot "amateur", s'opposant à celui de "professionnel", prend en effet parfois le sens de "peu sérieux", bien que dans des domaines comme le sport il se réfère uniquement au sens "non payé" par opposition aux professionnels qui en vivent et avec tous les abus et dérives que cela peut entraîner dans un cas comme dans l'autre. Mais restons dans le domaine avicole. J'aime bien me référer au sens étymologique de "amateur" qui est : "celui qui aime" et qui donc se consacre avec amour, voire passion, à ce qu'il fait. Cependant il ne faut attacher aucune mièvrerie à la notion d'amateur et les éleveurs passionnés ne doivent pas aligner leur comportement sur un sentimentalisme désuet. S'ils veulent assurer un brillant avenir aux souches qu'ils élèvent, que ce soit dans le domaine des concours ou plus généralement dans celui de la survie et de la vigueur, ils seront nécessairement sévères dans ce domaine essentiel qu'est la sélection. Ne jamais oublier que la sélection naturelle ne permet d'exister et de procréer qu'aux animaux les plus robustes. Dans nos volières où il n'existe pas de sélection naturelle, c'est l'éleveur qui doit la remplacer.

Puisque sélectionneur il y a, il nous faut bien mériter ce titre. Sélectionner c'est séparer le meilleur du moins bon. Le "moins bon" ne doit en aucun cas être conservé, ni pour l'ornement, ni, à fortiori, pour la reproduction ou pour la vente, ni même pour en faire cadeau à quelque éleveur potentiel que l'on ne pourrait que décevoir. Sa seule destinée possible est la casserole, si vous avez eu l'imprudence de le laisser vivre jusqu'à l'âge où il est consommable. N'en déplaise aux lecteurs sensibles que je risque de choquer: sélectionner, c'est tuer.

Les éleveurs de naines disposent généralement de peu de place. S'encombrer de sujets médiocres, dont tôt ou tard on ne saura comment se débarrasser, est un handicap permanent. La place occupée, les soins dispensés, la nourriture consommée par ces volailles sans avenir pourraient être économisées et reportées sur l'élevage des meilleurs sujets.

Dès la naissance des poussins, une première sélection peut être faite (et quand je dis "sélection", il faut comprendre "élimination"). Tout d'abord ne conservez jamais les traînards

ceux qui ne sont pas nés en même temps que la majorité, qui n'éclosent qu'au delà de 21 jours ou qu'il faudrait aider à sortir de la coquille. Ces signes évidents de faiblesse sont liés soit à l'hérédité de la souche, soit à des malformations individuelles, soit à une mauvaise utilisation de votre incubateur, mais, qu'elle qu'en soit la cause, ils sont réellement présents et ne donneront que des sujets amoindris, éventuellement capables de transmettre leur tare à leur descendance. Soyez donc impitoyables, supprimez les immédiatement et recherchez les causes de cet échec partiel car il est peut-être possible d'y remédier : si une poule les couvait, était-elle convenablement installée et n'avait elle pas trop d'œufs? Si c'était un incubateur, était-il bien réglé? La température était-elle homogène dans tout son volume? Les oeufs avaient-ils été convenablement stockés et n'étaient-ils pas trop vieux? Si la sélection a un côté pénible, il ne faut pas oublier que nous sommes parfois responsables, par négligence ou ignorance, de cette nécessité.

En allant plus loin, n'hésitons pas à envisager un manquement dans les soins accordés à nos reproducteurs car en élevage confiné ils sont entièrement tributaires de ce que nous leur fournissons. Aviez-vous fourni à ces reproducteurs, dès avant l'entrée en ponte, une nourriture suffisamment variée? Les aliments "pondeuse" agissent sur la quantité d'œufs produits mais pas sur leur qualité reproductive. Pour les oiseaux d'ornement et nos naines, il faut utiliser, au moins en complément, de l'aliment "reproducteur" faisane ou gibier dont les composants en protéines sont plus variés, même si le taux global n'est guère supérieur. Avez vous prévu un complément de vitamines? La composition des aliments fabriqués garantit, en théorie, un taux normal jusqu'à trois mois après la date de fabrication; mais combien de temps l'aliment reste stocké entre le fabricant, le distributeur et vos propres réserves? Les vitamines, en particulier la vitamine "E", sont indispensables pour un bon taux d'éclosion, mais leur efficacité décroît avec le temps.

Et que consomment vos naines? Pour la plupart d'entre nous elles ne disposent pas d'une totale liberté (des hectares!) et sont nourries avec des céréales normalement complétées par un aliment composé du commerce. Consomment-elles suffisamment de cet aliment? Chez moi, et je crois que je ne suis pas le seul, mes naines consomment en priorité les céréales et ne se résignent à consommer le granulé que lorsqu'il ne reste que cela. Si je fournis trop de nourriture, elles choisissent et ne consomment que les céréales. Comme beaucoup, j'ai commis des erreurs. Pensant contenter mes parquets de reproducteurs, je leur donnais trop à manger : les céréales étaient consommées mais le granulé s'accumulait au fond des mangeoires. Pour ne pas le jeter, je récupérais les fonds de mangeoires pour les donner (et uniquement cela tant qu'il y en avait) aux sujets en "vrac" qui n'étaient pas destinés à la reproduction. Je me suis aperçu que ces sujets mélangés, coqs et poules en réserve ou en attente d'exposition ou de vente, de diverses races provisoirement mélangées, pondaient bien plus abondamment que les parquets de reproducteurs et que des oeufs mis en incubation à titre expérimental donnaient des résultats supérieurs. Depuis je rationne mes reproducteurs pour qu'ils consomment toute leur ration, la partie qui leur plaît comme celle qu'ils apprécient moins, et les résultats sont bien meilleurs.

A la naissance, prenez les poussins en main un par un et examinez les attentivement. Pour certaines races, des défauts graves sont immédiatement décelables. Certains Nagasakis n'ont pas les pattes assez courtes; pourquoi les élever? Ils ne serviront jamais à rien sauf à prouver votre médiocrité de sélectionneur. Ne venez pas dire que vous gardez tout parce qu'il faut accoupler pattes courtes et pattes longues, c'est faux! J'ai élevé des Nagasakis pendant quarante ans en accouplant toujours les pattes les plus courtes entre elles et j'ai toujours obtenu un excellent taux de natalité (compte tenu de l'abattement de 25% lié au caractère létal). Le seul point à surveiller est la longueur des ergots du coq : ne pas hésiter à supprimer ces appendices gênants pour l'accouplement.

Sur toutes les races à cinq doigts, vous discernez immédiatement si les deux pouces sont présents et s'ils sont bien séparés. Inutile de conserver les "pattes de homard" déjà visibles à la naissance. Pour les races à pattes emplumées, les poussins doivent avoir dès la naissance un très abondant duvet sur les tarses. Inversement, sur les races à pattes lisses, la présence de traces de duvet sur les tarses indique que le sujet aura, une fois adulte, quelques plumules sur les pattes; inutile de l'élever. Dans les variétés bleues, il naît nécessairement 25% de sujets noirs et 25% de sujets blanc-sale parfaitement identifiables à la naissance. Ne les conservez que si vous êtes certains d'en avoir l'usage.

Éliminez également impitoyablement ceux qui ont des doigts tordus car cela ne s'améliorera jamais et ne pourra qu'empirer. Faites de même pour ceux qui ont de mauvais aplombs, les pattes écartées ou qui n'arrivent pas rapidement à se tenir sur leurs pattes. Si cela s'améliorait par hasard, ce qui est peu probable, ils resteraient porteurs d'un handicap, même devenu invisible, et risqueraient d'être de très mauvais reproducteurs.

Un deuxième examen attentif peut être fait lors de la mise en place des bagues, soit vers l'âge de sept à huit semaines. Tout d'abord voir la condition générale de chaque sujet. On distingue facilement, à ce moment, ceux qui sont chétifs, manifestement moins vigoureux que les autres. C'est en général le signe de quelque désordre ou malformation interne qui ne s'arrangera pas. Inutile de les dorloter. Pire, s'ils sont porteurs de quelque maladie, parasite ou microbe, ils peuvent les transmettre à tout le troupeau.

Examinez aussi les détails. A cet âge, sur les races à crête simple, on voit parfaitement la découpe de la crête et ses éventuels défauts : nombre de dents, crétillons latéraux et même en regardant bien les crétillons doubles ou fourchus. Sur les races à crête frisée on peut déjà voir les sillons dans la crête. Comme les crêtes des mâles de huit semaines sont plus faciles à voir que celles des poulettes, profitez en pour éliminer surtout des coquelets. Comme il naît autant de poules que de coqs (sur un grand nombre évidemment) et qu'en fin d'élevage vous n'aurez guère l'utilité que d'un coq pour deux ou trois poules, que ce soit pour regarnir vos volières ou pour la vente, inutile de gaspiller votre argent à nourrir jusqu'à l'âge adulte un surplus de coquelets dont vous ne saurez plus que faire. En plus, si vous n'avez pas la possibilité de séparer les jeunes mâles des femelles, ces dernières seront beaucoup moins importunées par leurs frères au moment de la puberté puisqu'ils seront moins nombreux et il y aura bien moins de bagarres au sein du groupe.

Certains défauts de coloris sont également visibles, parfois flagrants, dès cet âge. Mais dans ce domaine, il vaut mieux se montrer prudent. Beaucoup de variétés ne montrent leurs qualités et défauts de coloris qu'après la mue d'adulte qui se situe en général vers l'âge de cinq à six mois. Auparavant il n'est possible que de faire des estimations. Ainsi quelques plumes blanches sur un poulet noir disparaîtront certainement par la suite même si elles se situent dans les rémiges. Il en est de même pour quelques plumes teintées sur un poulet blanc.

Si vos installations vous permettent d'élever trente poussins, faîtes en naître soixante et n'hésitez pas à supprimer les moins bons et les moins vigoureux. Faite à la naissance, au moment de baguer ou à toute autre période, cette sélection sévère mais utile vous donnera en définitive un lot annuel très supérieur à ce que vous auriez obtenu en élevant sans triage tout ce qui aurait bien voulu naître. Vous me direz que c'est peut-être cruel. Sans doute moins qu'on ne le pense, avec un certain recul. Vous n'aurez pas dans vos volières de sujets chétifs, mal vivants, dominés et harcelés par les autres qu'il vous faudra bien, de toute façon, écarter de toute reproduction. Cette sélection sévère a d'autres avantages. Tout d'abord vous ne distribuerez que des sujets de haute qualité et grande vigueur et les acquéreurs n'en seront que plus satisfaits et vanteront vos qualités d'éleveurs. Ensuite vous assurez la vigueur et la fécondité de votre souche sur de longues années et générations car aucune tare ne pourra perdurer, même si vous restez en étroite consanguinité. Cette consanguinité, que l'on charge de tous les maux, n'est vraiment nocive que dans les souches mal surveillées où l'on élève tout sans séparer le bon grain de l'ivraie. En pratiquant une telle sélection par élimination j'ai maintenu des souches strictement consanguines pendant près de quinze années et elles étaient toujours aussi vigoureuses et fécondes. Si j'arrêtais de les élever c'est uniquement parce que quand j'ai possédé une même race et variété pendant quinze années, j'ai envie de changer.

Même si l'on conserve parfois en reproduction durant plusieurs années certains sujets d'élite, surtout s'ils ont fait leurs preuves de "raceurs" à travers leur descendance, il est bon d'avoir dans son cheptel des représentants de chaque génération, donc de diverses années. Vous choisirez chaque année des reproducteurs potentiels dans l'élite de la troupe déjà sévèrement sélectionnée. Le strict minimum pour conserver une souche est de deux coqs et environ six poules, poules et coqs pouvant être d'âges différents. Ne mettez pas tout ce cheptel en reproduction "en vrac". Isolez le meilleur coq (ou simplement un coq que vous souhaitez tester) avec deux poules, trois au maximum. Avec une souche vigoureuse, elles vous feront bien assez d'œufs pour inonder votre élevage de poussins. Conservez le reste en réserve, un accident est toujours possible comme de mauvais résultats dans la reproduction des sujets choisis. Outre les qualités de forme et de couleur des poules mises en reproduction, examinez soigneusement leur crête. Sur une poule les défauts de crête sont bien plus difficiles à déceler que sur un coq, surtout si cette crête est très petite. Et comme je vous ai suggéré d'être plus sévère avec les coquelets de huit semaines qu'avec les poulettes, certains défauts ont pu passer inaperçus chez les femelles. C'est le moment de les repérer car les défauts de crête ne sont jamais liés à un sexe et peuvent donc être transmis aussi bien par la mère que par le père. Un défaut insignifiant sur la crête d'une poule sautera aux yeux sur celle de ses fils.

Dans un parquet de reproduction où il n'y a que deux poules, un coq trop ardent peut les fatiguer ou même les blesser. Si c'est le cas, vous pouvez séparer le coq et ne le placer avec ses poules qu'une à deux heures par jour. Autre solution, ne le mettre avec les poules reproductrices qu'un jour sur deux ou trois (un seul accouplement permet de fertiliser les oeufs pondus pendant plusieurs jours) et le reste du temps placez le avec les sujets de réserve ou avec des poules quelconques.

Après avoir testé un de vos coqs, vous pouvez souhaiter vérifier les qualités de reproducteur d'un autre en utilisation les mêmes poules. C'est même la seule solution pour savoir si certaines qualités ou défauts viennent du coq ou des poules. Il vous faut impérativement laisser les poules trois semaines sans coq pour être certain que les oeufs seront fécondés par le nouveau coq. C'est évidement la marge de sécurité maximale, mais il vaut mieux la respecter. Après avoir introduit le nouveau coq, quarante huit heures suffisent pour obtenir des neufs parfaitement fécondés.

Mais si l'on veut vraiment pousser la sélection d'une souche, il est souvent nécessaire de savoir avec précision quelle est la mère de tel poussin. Ce n'est pas facile chez une espèce normalement polygame où plusieurs poules vivent avec un seul coq. Une solution est d'utiliser des nids-trappe, mais elle vous oblige à passer plusieurs fois par jour dans les poulaillers pour libérer les pondeuses. Par contre le nid-trappe facilite l'élevage de plusieurs races ou variétés sans trop multiplier les parquets, du moins pour les poules : chaque coq est enfermé dans un petit parquet. Toutes les poules de toutes les races et variétés sont ensemble dans un enclos unique. Chaque jour, ou deux fois par jour, ou en les libérant du nid-trappe, vous attrapez des poules choisies par vous en fonction de leur qualités pour mettre chacune avec un de vos coqs et les remettez dans le troupeau une fois cochées. Quand vous libérez une poule du nid trappe vous savez quels sont le père et la mère de l'œuf Les poules en réserve ou qui ne vous intéressent pas pour la reproduction ne sont pas mises en présence de coq et leurs oeufs sont alors clairs, ce qui est sans importance. Autre avantage, il est certain que le coq isolé va féconder la poule qui lui est provisoirement fournie alors que dans un parquet de un coq et plusieurs poules celui-ci peut s'épuiser sur ses préférées et délaisser les autres. L'autre solution est de séparer chaque poule dans un enclos et de transférer le coq d'une poule à l'autre mais elle demande des installations plus complexes car l'on a toujours beaucoup plus de poules que de coqs en reproduction.

Pour marquer les oeufs vous pouvez utiliser les crayons ordinaire dits "à mine de plomb", qui, à notre époque, ne contiennent plus de plomb. La plupart des feutres ordinaires à pointe fine peuvent également convenir mais évitez ceux dont l'encre est à base d'alcool et évidement ceux à encre indélébile dont la composition chimique peut altérer le contenu de l'œuf Les crayons à bille sont à éviter, ils glissent sur l'œuf et risquent de le percer si l'on appuie trop.

Une fois les œufs obtenus et parfaitement identifiés, provenant de tel coq et telle poule, il faut les incuber séparément sous une poule couveuse déterminée ou bien, si l'on utilise un incubateur, les placer, peu avant l'éclosion, dans des enceintes séparées et fermées dont les poussins ne pourront sortir pour se mélanger aux autres; on nomme cela des "boites à pedigree". Quand les poussins sont nés (et "sélectionnés") il reste à les identifier. Il existe pour cela plusieurs méthodes. Soit de petites bagues plastiques ou métalliques (ces dernières sont ouvertes et formées d'une lame souple munie de deux ergots qui permettent de la refermer sur la patte) qu'il faut changer une ou deux fois avant que le poussin ne reçoive sa bague inviolable définitive. Soit des marques alaires mais même les plus petites que l'on trouve dans le commerce sont bien grosses pour des poussins nains. Soit perforer la membrane interdigitale : la combinaison d'une ou plusieurs perforations en utilisant les deux pattes ou seulement la gauche ou la droite permet 16 combinaisons différentes. Cette dernière méthode a l'avantage d'être indélébile et le nombre de combinaisons possibles est très suffisant pour un élevage même important puisqu'il n'intervient que sur une seule race et variété. Cette sélection "par le produit" permet de repérer les reproducteurs qui donnent les meilleurs descendants et vous autorise à les conserver en reproduction pendant deux à trois ans, éventuellement plus. Il est en effet nécessaire de savoir qu'une poule parfaite accouplée avec un coq parfait ne donne pas toujours des rejetons systématiquement capables de remporter des prix d'honneur. Seul le contrôle de leur descendance donne la certitude que ce sont vraiment des "raceurs".

Allons nous en rester là. Certainement pas si nous voulons faire un travail réellement sérieux. Notre grand défaut, à nous sélectionneurs, est de nous arrêter au type visible des sujets, au phénotype. Nous songeons rarement à nous préoccuper de la fécondité et de la fertilité des sujets et des souches élevées. Évidemment, en saison, nous aurons bien assez d'œufs pour assurer la reproduction alors pourquoi nous préoccuper de savoir si nos poules d'ornement sont de bonnes ou de médiocres pondeuses. L'abondance de la ponte est pourtant un signe indéniable de vitalité. Et la qualité de ces oeufs? N'avons nous pas trop d'œufs clairs ou de mortalité en coquille?

Pour tester ces qualités fondamentales, l'élevage sélectif poule par poule et le nid trappe sont également nécessaires, ainsi qu'un relevé écrit quotidien et sérieux de la production d'œufs. Je vous ai dit que pour maintenir une souche, il fallait détenir au strict minimum six poules mais qu'il suffisait généralement d'en mettre trois en reproduction, éventuellement à tour de rôle. Ces six poules (ou plus) sont évidemment l'élite de la reproduction des années antérieures sur le plan phénotype. Vous allez maintenant tester leur productivité et leur fécondité en notant le nombre d'œufs pondus par chacune et les résultats obtenus en incubation, sur le nombre comme sur la qualité. Pour que ces résultats soient probants, il faut une observation portant sur plusieurs mois, en fait toute une saison de production. Vous n'aurez donc des résultats significatifs que quand les poussins seront nés et même élevés. Ensuite, entre deux coqs nés dans l'année et de même valeur pour l'exposition vous ne garderez pour la reproduction que celui issu de la meilleure pondeuse. Pourquoi le coq et non les poulettes? Parce que le gène responsable de l'abondance de la ponte est lié au sexe et se transmet de la poule à ses fils et de ceux-ci à leurs filles. Quant aux poules meilleures pondeuses qui, en plus, auront donné le meilleur taux d'éclosion et des descendants de belle qualité, vous les conserverez une année de plus en reproduction.

Ne croyez surtout pas qu'il faut attendre de constater une réduction sensible de la ponte, appréciable dans le simple ramassage des oeufs, pour entreprendre cette sélection. Vous allez vite vous faire piéger par manque d'attention. Si vous n'avez pas noté par écrit la ponte de vos poules globalement, avant même de vous être organisé pour évaluer la ponte de chacune, et tant que vous aurez assez d'œufs pour assurer vos mayonnaises et pour mettre à couver, vous ne vous rendrez pas compte de la baisse de production. Dès que vous êtes contraint de mettre à couver tous les oeufs et que vous n'avez pas de surplus, c'est que la production est insuffisante. En mettant désormais à couver systématiquement tous les oeufs, vous faites naître des poussins issus des meilleures comme des plus médiocres pondeuses, probablement dégénérées pour cette qualité... et le processus s'accélère. La surveillance écrite et précise de la quantité de ponte comme de l'éclosabilité des oeufs est la base de toute sélection sérieuse. Elle doit se faire systématiquement sans attendre que des baisses de production vous alarment car, en général, il est trop tard.

Encore un bon truc : mirez les oeufs qui viennent d'être pondus. Vous verrez tout de suite les oeufs dont la coquille est peu homogène et présente des taches ou des lignes et marques trop transparentes, indice de fragilité, que vous ne pouvez pas deviner de l'extérieur. Fait curieux, j'ai observé que ces oeufs à coquille défectueuse étaient beaucoup plus souvent clairs que les oeufs normaux. Pourquoi? Je l'ignore mais c'est comme cela alors que, pour la consommation, leur contenu est strictement identique à celui des autres. Ces oeufs à coquille anormale proviennent souvent d'une seule ou de quelques poules qu'il ne faudra pas conserver.

Cet article vous a peut-être laissé le sentiment que la sélection est une chose bien pénible et compliquée. Il a été rédigé pour tous : pour l'éleveur qui se fixe le simple objectif de ne pas laisser péricliter la souche des quelques volailles qu'il possède tout comme pour le sélectionneur passionné et méticuleux qui recherche le "top niveau" et veut obtenir les meilleurs sujets, que ce soit pour le concours ou pour assurer l'amélioration des races de volailles naines ce qui, après tout, est la vocation du Bantam-Club. Si vous avez au moins acquis la conviction que l'essentiel était de ne pas élever coûte que coûte tout poussin né, si médiocre soit-il, mais qu'il fallait faire un tri, nécessaire mais parfois pénible, vous faites déjà partie de ceux qui contribuent à l'amélioration de nos races préférées.

Avec l'aimable autorisation de Mr J.C.MARTIN, président d'honneur du Bantam Club de France.

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