Les merveilles de l'éclosion

Tout œuf fécondé, correctement incubé, donne naissance au jour de l'éclosion à un poussin qui possède deux systèmes respiratoires, deux systèmes digestifs et un "outil" supplémentaire, le bec.

L'une des raisons de cet équipement étrange est que le poussin doit éclore par lui-même, car il doit sortir de l'œuf grâce à ses propres forces et doit prendre soin lui-même, de sa propre respiration et de son alimentation personnelle, et qu'il ne peut employer, après sa sortie de l'œuf, les mêmes systèmes qu'il employait lorsqu'il était à l'intérieur de sa coquille.

Le renforcement du bec constitue un instrument très spécialisé, car il est employé à briser la coquille lorsque le poussin tourne dans l'œuf, et parce qu'il ne peut être employé à autre chose. Ce petit couteau à coquille se développe peu à peu sur l'extrémité de la mandibule supérieure, de façon que le poussin puisse casser la coquille en élevant brusquement la mandibule supérieure, comme s'il ouvrait le bec. Lorsque le poussin est sorti de sa coquille, son couteau à coquille a rempli son office et il tombe ensuite en un ou deux jours. Il est vrai que cet instrument ne fait que bien peu de travail, et qu'il n'est employé que pendant bien peu de temps, mais il reste encore à savoir si le poussin serait capable d'éclore sans lui.

Un autre point intéressant à étudier, au moment de l'éclosion, c'est que le poussin possède alors deux systèmes respiratoires. Le premier système est constitué par un réseau de fins vaisseaux sanguins qui tapisse entièrement la coquille et qui est relié au poussin par deux artères et une veine. Ce système respiratoire est appelé "allantoïde" et fournit l'oxygène au poussin alors qu'il est encore dans sa coquille et ne peut donc respirer l'air par ses poumons. On peut donc voir que l'embryon de poussin, lorsqu'il est prêt à éclore, possède un système respiratoire extérieur à son corps et un autre intérieur.

Lorsque le poussin casse d'abord la chambre à air, il commence à prendre l'oxygène dans ses poumons, et il se procure ainsi de l'oxygène à deux sources. Il continu à le faire jusqu'à ce qu'il casse la coquille dure extérieure et que l'air passe enfin dans l'œuf. C'est cet air qui dessèche alors son système respiratoire extérieur. A partir de cet instant, le poussin doit prendre son oxygène par ses poumons. L'allantoïde, ou premier système de ravitaillement en oxygène, est abandonné à l'intérieur de la coquille lors de l'éclosion du poussin.

Donc, avant que ne commence le processus de l'éclosion, le poussin reçoit son oxygène de l'allantoïde, ou membrane pulmonaire, à l'intérieur de la coquille; après son éclosion il reçoit son oxygène dans ses poumons, mais il y a une période de quelques heures, au cours du processus d'éclosion, pendant laquelle les deux systèmes fonctionnent parfaitement conjointement.

Outre ces deux systèmes qui lui procurent de l'oxygène, le poussin, au moment de son éclosion, possède aussi deux systèmes digestifs.

Lorsque l'embryon commence à se développer, il doit recevoir sa nourriture d'une certaine source. Le jaune et le blanc de l'œuf sont là dans ce but, et c'est pourquoi l'une des premières choses que fait l'embryon est de "tisser" un réseau de veines à la surface du jaune. Ces veines sont appelées veines vitellines et leur objet est de collecter la nourriture, l'alimentation de l'embryon.

Les matériaux de l'œuf sont "non-digérés" dans l'œuf, aussi doivent-ils être digérés avant d'être utiles à l'embryon ; mais le poussin n'a pas encore développé ses organes digestifs. Il se crée donc et se développe, aux extrémités des veines vitellines une membrane qui, littéralement, "digère l'oeuf" avant que celui-ci passe dans les veines. Le jaune qui contient cette membrane digestive a une apparence différente de celle du reste du jaune. Cette membrane digestive s'étend à l'intérieur du jaune en plis appelés septa, et qui lui donnent une grande surface d'absorption et de digestion. Cette membrane digestive, située entre les matériaux alimentaires du jaune et les veines, fonctionne donc comme un système digestif temporaire, depuis le moment où l'embryon commence à se développer jusqu'à celui où il est sorti de sa coquille et a totalement épuisé le jaune d'œuf alimentaire qui a été englobé dans son corps avant l'éclosion.

Nous voyons donc que le système digestif temporaire est extérieur au corps du poussin presque jusqu'au moment où il éclôt, puisqu'il est englobé dans le corps et qu'ainsi, lorsque le poussin sort de sa coquille, il possède deux systèmes digestifs à l'intérieur de son corps ; l'un d'entre eux est employé tant que le poussin est en développement mais n'est plus d'aucune utilité après épuisement du jaune puisqu'il n'y a plus alors aucune possibilité de "pomper" de la nourriture du sac vitellin.

L'autre système digestif est celui qui peut fournir de la nourriture par l'intermédiaire du bec, mais que le poussin ne peut employer tant qu'il est à l'intérieur de son œuf.

Le premier, ou système digestif vitellin, devrait être épuisé avant que le système du bec, du jabot, du gésier commence à être employé. Lorsque le premier système est abandonné, le second processus peut alors commencer ; ainsi, à un affaiblissement de la fourniture d'aliments correspond le début d'un autre approvisionnement.

 Si le système digestif vitellin fonctionne correctement, le poussin ne mangera pas car il n'a aucun appétit, ni aucun désir de manger ; mais si ce processus ne onctionne pas, le jaune nourricier peut encore être présent mais le poussin n'est plus nourri, et il aura faim et voudra manger. Mais alors les conditions ne seraient ni naturelles, ni normales et le poussin mourrait probablement de troubles gastriques dus au fait que le second système digestif (bec, jabot,etc..), n'est pas encore parfaitement élaboré jusqu'à épuisement du jaune, et que la digestion n'est pas encore tout à fait possible, ou tout à fait complète.

Le meilleur remède à tous ces troubles est encore de procéder, au moment de l'incubation, pour que les conditions de chauffage, d'aération, d'humidité, et de retournement des oeufs soient parfaitement correctes.

Extrait de la revue "Cocoricos" Août 1961.

texte paru dans le bulletin N° 62 de La SACCY (Société Avicole Cunicole Colombicole des Yvelines), avec l'aimable autorisation de Mme Evelyne BRIDARD

 

 

 

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site